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Entre les branches

Les travailleurs forestiers

Au XIXe siècle et jusqu’à la fin des années 1940, au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick, les habitants d’un village ou d’une même région se rapprochent des lieux d’exploitation forestière – les chantiers – où ils remplissent diverses tâches. Chargés de l’abattage, l’équarrissage, le tronçonnage, l’ébranchage, le débroussaillage, le mesurage et le transport du bois, les bûcherons sont valorisés par ces activités physiquement exigeantes dans lesquelles ils démontrent leur initiative et leur habileté. Le chantier compte aussi des gens de métiers tels que le forgeron, le maréchal-ferrant, l’affûteur, le cuisinier ainsi que le petit entrepreneur et l’administrateur qui en assurent la gestion. Des agriculteurs y occupent un emploi saisonnier – l’automne et l’hiver – qu’ils partagent avec le travail de la ferme au printemps et en été.

L'erminette
L’erminette (Musée national des beaux-arts du Québec, 34-361)
Réalisée entre 1928 et 1932 par le sculpteur québécois Alfred Laliberté (1878-1953), L’erminette illustre l’équarrissage d’un tronc d’arbre à l’aide d’une hache très spéciale utilisée pour en détacher l’écorce. Cette opération manuelle, qui consomme énormément de temps, prend de la vitesse avec l’arrivée des moulins à scie. Il est désormais possible d’augmenter la production du bois équarri coupé en planches.

Nombre d’immigrants scandinaves, finlandais et polonais s’amènent, au tournant du XXe siècle, dans les chantiers de l’Ontario qui regroupent déjà des bûcherons d’origine britannique et américaine. Certains d’entre eux choisiront de s’établir sur la côte ouest, en particulier dans l’île de Vancouver, et rejoindront un contingent de travailleurs chinois, japonais et sikhs ainsi que des membres des Premières nations. Tous travaillent dans les chantiers, les scieries et dans la construction de routes entre les lieux d’exploitation.

Groupe de travailleurs sikhs et chinois
Groupe de travailleurs, entre autres des sikhs et des Chinois, dans un moulin à scie de Youbou, sur l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique (Steelworkers Local 1-80, Archive and Special Collection)

Les entrepreneurs forestiers

Grâce à leur ingéniosité et à leurs aptitudes en affaires combinées à des mesures législatives de protection modérées, nombre d’entrepreneurs s’enrichissent dans l’exploitation forestière canadienne. Au cours du XIXe siècle, des marchands de bois, tels que John Rudolphus Booth, dans l’Outaouais, William Price, au Saguenay, et Alexander Gibson, à Fredericton, édifient un véritable empire fondé sur de vastes territoires de coupe où œuvrent des centaines d’employés. Ces « barons du bois » savent recueillir les bénéfices volumineux de la récolte pour ensuite les investir dans d’autres secteurs, comme le transport du bois et les moulins à scie. Leurs entreprises connaîtront une expansion à l’échelle nationale et internationale.

John Rudolphus Booth
Chapeau en fourrure
John Rudolphus Booth examinant une des dernières cargaisons de gros bois de ses propriétés, en compagnie de ses fils C. Jackson et J. Fred, en Ontario (MSTC/CN, CN005680)Ce chapeau en fourrure de vison appartenait à un exploitant forestier près de Timmins, en Ontario. Celui-ci le portait vers 1915 pour se protéger du froid lors de ses visites au chantier. (MSTC 2004.0010)

Au XXe siècle, le grand consortium MacMillan Bloedel Ltd de Vancouver s’inspire aussi de la production diversifiée d’alors. Par contre, l’entreprise doit se soumettre à la réglementation applicable à la récolte, à la protection de l’environnement, à la régénération des forêts de même qu’aux activités des Premières nations dans le secteur forestier.

La vie dans les camps

Une haches qui serve de rasoir
Dans les chantiers, les haches bien aiguisées peuvent à l’occasion servir de rasoir ! (MSTC, collection de documentation commerciale, L09666)
Au tournant du XXe siècle, l’extension des zones de récolte amène la mise en place de camps forestiers comptant plusieurs édifices aux fonctions distinctes. Dans l’est du pays, un camp peut se limiter à un dortoir, une cuisine incluant un réfectoire, des ateliers et des bureaux, un cabinet d’aisances et un coin sanitaire pour l’hygiène personnel.

La cuisine est séparée des habitations des bûcherons. Elle demeure le royaume du « chef cuisinier » et est réservée essentiellement à la préparation, la cuisson et la consommation des repas, composés davantage de viande et de légumes frais. De fait, la qualité de la nourriture et l’expertise du chef semblent entrer en jeu lors de la négociation de contrats de travail en forêt. Comme quoi un estomac satisfait peut compenser les efforts à fournir dans l’abattage des arbres !

Poêle de camp portatif
Poêle de camp portatif
(MSTC 2006.0027)
Fabriqué vers 1920 par la compagnie Adam Hall, alors affiliée à la Canadian Fairbanks-Morse Company Limited de Sherbrooke, au Québec, ce poêle de camp portatif (2006.0027) alimenté au bois est, jusqu’en 1950, employé pour la préparation des repas dans les chantiers du nord-ouest de l’Ontario. Les anneaux fixés au poêle servent à insérer les poteaux en bois qui permettent aux bûcherons de transporter l’appareil d’un chantier à l’autre à bord d’une barge de drave.

Par ailleurs, sur la côte ouest, notamment dans l’île de Vancouver, les camps comprennent des dortoirs pour les célibataires, des maisons pour les familles, parfois un bureau de poste et une école, un bureau d’arpenteur, une salle de jeu et, en certains endroits, un bar et un bordel. Nombre de ces camps donnent lieu à la formation de communautés industrielles.


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